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#1 16-01-2008 17:27:51

Zakharbaal
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[BG] Tao l'insoumis

Tao l’insoumis


Je m'appelle Tao et je suis le dernier survivant du Peuple des Nuages. Autrefois, m'a t'on enseigné, une glorieuse civilisation s'élevait dans le ciel. De prodigieuses cités flottaient dans l'azur et inondaient de bienfaits les villes terrestres qu'elles survolaient. Comme ils avaient appris à maîtriser les forces du vent et les intempéries, ils voyageaient ainsi à leur gré sur les courants aériens, survolant les peuples d’en bas, distribuant sans compter leurs biens et leur savoir à ceux qui en avaient besoin. Devant tant de miracles et de bienfaits, les peuples de la terre les honoraient et chantaient leur louange et ils en arrivèrent à oublier leurs anciennes divinités et à leur ériger des temples. Cela fit des jaloux.

Un jour, le Dragon Noir du firmament céleste et le Dragon Rouge des profondeurs de la terre se concertèrent afin d'anéantir ce peuple qui leur faisait ombrage. Alors des tempêtes se levèrent et renversèrent les villes volantes. Leurs pacifiques habitants, attaqués par surprise, tentèrent de s'enfuir en s'envolant au-dessus des nuages mais la foudre et de puissantes tornades s'abattirent sur eux et ils furent emportés comme de vulgaires insectes. Certains des rescapés cherchèrent également à atterrir sans encombre sur le sol mais ils furent anéantis par les volcans en furie ou des gouffres béants s'ouvrant sous eux comme les énormes mâchoires de guivres géantes. La soudaineté de l'attaque et sa violence empêchèrent qu'aucune magie ne soit lancée pour endiguer le désastre ou, du moins, en atténuer la violence. Ainsi disparut la glorieuse civilisation du peuple des nuages.

On m'a raconté que, alors que je n'étais qu'un nourrisson, j'eus la chance d'échapper à la colère des dieux grâce à l'intervention du Dragon Blanc des cimes enneigées. Il me prit sous son aile et me donna le sein. Le temps passa ainsi dans les neiges éternelles jusqu'à mes trois ans. Alors, le Dragon Blanc me conduisit parmi les hommes afin que je retrouve mes origines et puisse leur enseigner les trésors de mon héritage.


Non, je déconne.

En fait, les rares personnes qui peuvent se souvenir de moi pourraient être les marchands du Monastère de Shing Jea où je fus longtemps un des mendiants alcooliques qui vivent en marge de cet illustre endroit. Peut-être certains de mes anciens professeurs ne m’ont pas oublié mais j’en doute. On essaie généralement de ne garder en mémoire que les bons moments de son existence... Enfin, les seuls nuages dont je pourrais vraiment vous parler sont les brumes d'opium des taudis de la mégapole de Kaineng. Mais vous conviendrez que c'est nettement moins valorisant.

Reprenons donc les choses différemment…


Dans la famille Tao, je demande le grand-père.

Mauvaise pioche ! Mais je vous rassure, dans ma famille, la pioche est toujours mauvaise. Ce pourrait être une des facéties du Tao, notre nom et notre destin, que de prendre à contre-pied les volontés de chacun pour laisser libre cours à une fantaisie peu commune dans notre clan et toujours mal venue.

Prenons justement le cas de mon grand-père paternel. Il exerçait, à ce que l’on m’a dit, la fonction de cuisinier au monastère de Shing Jea où il excellait à préparer les plats les plus raffinés pour les instructeurs de l’Ecole de Formation, avec la prétention d’être admis un jour dans les cuisines de l’Empereur. Cela, bien sûr, ne se fit jamais.

A la naissance de mon père, son géniteur ne trouva pas mieux que voir en lui son digne successeur. En bon cuisinier, il le fit donc appeler Sushi Tao et le prépara très tôt à manier les casseroles et tourner les broches pour faire griller les cuissots de Mantides. En vain…

A quatre ans, mon père entrait comme apprenti moine à l’Ecole du monastère, place plus prestigieuse que celle d’agitateur de cuillères que certains voulaient lui voir emprunter. Mon grand-père, paraît-il, ne s’en remit jamais.


Comme la plupart des comportements absurdes sont généralement héréditaires, mon père, à ma naissance, vit en moi le digne successeur de sa fonction de prêtre. M'ayant prénommé Yin Yang, il tenta de m'éduquer très tôt à mon futur labeur. Très rapidement, il constata, à son grand désespoir, mon inaptitude manifeste à cette profession et faillit plusieurs fois me renier. Rassurez-vous, après maintes opportunités, il finit bien plus tard par mettre cette menace à exécution.

Alors que j'étais bon à… pas grand-chose, les appuis de mon père lui permirent toutefois de me faire entrer comme élève à l'Ecole du Dragon Blanc. Mes professeurs s'escrimèrent en vain à me faire apprendre les rudiments de plusieurs professions  pour repérer en moi un éventuel talent et, en désespoir de cause, je fus tout de même nommé apprenti au monastère à l'âge de six ans, soit avec deux ans de retard par rapport aux autres élèves de mon âge.

C'est ainsi que je fus condamné à devenir le plus mauvais ritualiste que le continent de Cantha eut jamais porté.

.

Dernière modification par Zakharbaal (11-02-2008 16:48:18)


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#2 11-02-2008 16:47:17

Zakharbaal
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Re: [BG] Tao l'insoumis

Tao, 10 ans.

La lune en est à son premier croissant. Les nuits sont fraîches mais maintenant j’y suis habitué. Je me suis installé pour la nuit sur une colline avoisinant le monastère et je contemple le paysage nocturne qui s’étale devant moi. Certaines fenêtres des bâtiments à proximité sont encore éclairées malgré l’heure tardive. Les fumées des cheminées dessinent d’étranges volutes dans le ciel limpide, tels des fantômes ayant attendus l’obscurité pour s’échapper du monde des réalités. Je digère le maigre repas qu’accordent les cuisines du monastère aux nécessiteux de la ville. Cela fait maintenant plus d’un an que j’ai été renvoyé de l’école et que j’erre dans les ruelles de la cité, quémandant ma nourriture et dormant à la belle étoile. Je ne m’aventure d’ailleurs jamais au-delà de ses remparts à cause des monstres qui y rodent et je me méfie des autres mendiants : Une mauvaise rencontre est si vite arrivée...

Je m’allonge dans l’herbe. C’est toujours agréable même si la terre est dure. Je regarde la noirceur du ciel et me demande quand viendra mon tour d’être emporté par le Dragon du Séjour Eternel. A moins, bien sûr, que les histoires que mes parents me racontaient quand j’étais plus jeune ne s’adressent seulement qu’aux enfants sages.

Mes parents... Peut-être ma mère pense-t-elle parfois à moi en berçant mon petit frère. Peut-être mon père, bien qu’il m’ait rejeté, prie-t-il de temps en temps pour mon salut. Mais, dans l'immédiat, ses prières ne sont pas très efficaces. Mes paupières s’alourdissent et le sommeil vient. Pourvu que mes rêves ne soient pas trop amers.



Tao, 3 ans.

C’est le jour du Festival du Dragon au monastère. La place centrale et les rues adjacentes sont pavoisées de petits lampions colorés qui dansent sur des cordes de soie. Des têtes de dragon rouge ornent les portes de la cité et marchands et bateleurs se sont installés pour égayer la ville. Je me promène avec une des servantes de ma famille au milieu de la foule et je regarde, les yeux grand ouverts une vie surnaturelle envahir la cité. C’est la première fois qu’on m’autorise à assister aux spectacles.

En tant qu’enfant, je suis bien vite déçu par cette fête à laquelle je ne peux participer. On me parle des courses de "scarabées en boule" mais je suis trop jeune pour y participer. Les gâteaux de riz ? Mon père a défendu que j’en mange pour apprendre le jeûne au futur moine que je suis. Le pire est sans doute ce que j’appelle les jeux aux cercles, de grands terrains couverts de ronds dessinés sur le sol, sur lesquels les adultes se pressent (au sens propre comme au figuré). Les uns vivent, les autres meurent et le jeu recommence. Je dois être trop jeune pour comprendre…

Je m’assoie dans un coin pendant que la servante qui m’accompagne bavarde avec des personnes de sa connaissance. J’aurais aimé que mes parents soient avec moi mais ce sont des gens fort occupés et leur temps est précieux, m’a-t-on dit. Je pense au feu d’artifice qui va avoir lieu tout à l’heure et, intérieurement, je jubile. Il paraît qu’on lance des petites étoiles de toutes les couleurs dans le ciel et qu’elles reviennent à vous pour vous apporter le bonheur. Il y aurait même des papillons de lumière qui, si on les attrapes, se transforment en baiser de fée. Ca fait comment quand une fée vous embrasse ?

Je vois, comme souvent, des adultes qui courent dans tous les sens et je ne comprends pas leur précipitation. Profitant de l’inattention de ma surveillante, je monte quelques marches d’un escalier de pierre qui semble ne pas avoir de fin. Les marches sont hautes mais quand il s’agit de prendre une initiative qui me vaudra sans doute des réprimandes, je sais mettre l’ardeur qu’il faut. J’atteins sans trop de peine le premier palier et me retrouve devant une grande personne qui s’apprête à le descendre. A sa vue, je reste pétrifié.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une femme mais elle n’en a que le corps. Son visage est remplacé par un crâne d’os aux orbites vides qui me regardent avidement comme pour me paralyser. Cela fonctionne. Au sommet de sa tête, une couronne squelettique pointe ses dards vers le firmament et je comprends qu’il s’agit de la Reine des Démons (c’est le surnom que je lui ai toujours donné depuis ce jour). Une sorte de bec semble lui servir de bouche et une voix gutturale s’adresse alors à moi :

- "Petit ! Ou sont tes parents ?".

Il m'apparaît alors que la bête veut les tuer, les dévorer sans doute. Alors je pars en courant, paniqué. Je gravis à toute vitesse l’immense escalier de pierre pour éloigner le monstre de la servante et de ses amies, de mes parents et de ceux que j’aime. Epuisé et tremblant, je me réfugie entre les pattes protectrices du Grand Dragon Blanc, dont la statue semble dominer le monde. Je tremble comme une feuille et finit par remarquer que l’immonde créature ne m’a pas suivi. Je reste terré là jusqu’à la nuit malgré les explosions et les sifflements qui m’indiquent qu’un combat violent se déroule sur la grande place. J’imagine que le monstre est en lutte avec les gardes du palais. Et je prie pour que mes parents soient épargnés.

La correction que je reçois le soir même me fait regretter un instant de ne pas être devenu orphelin...

Dernière modification par Zakharbaal (27-02-2008 17:03:56)


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#3 27-02-2008 17:05:09

Zakharbaal
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Re: [BG] Tao l'insoumis

Tao, 13 ans.

Je suis saoul...

C’est en soi une bonne nouvelle car cela signifie que quelqu’un m’a soit donné des pièces d’or, soit offert une bouteille d’eau de riz. Pendant un instant, j’oublie mes soucis et la médiocrité de mon existence.

Je suis devenu, comme nombre de mes semblables (les mendiants de la grande place), un alcoolique. Après tout, on pourrait imaginer que la vie se résume à cela : Chercher le bonheur par l'oubli du monde et de ses vicissitudes. Et, comme l'alcool est l'opium des pauvres…

Il fait nuit et nous nous sommes rassemblés autour d'un des feux flamboyants éclairant les murs de la ville. Sung Ha est parti à délirer sur la longueur des jupes des élémentalistes ou la profondeur des décolletés des envoûteuses. Yen Shi rabâche son éternel couplet sur lebronzage des cuisses musclées des guerrières. A chacun ses phantasmes. Pour ma part, je reste silencieux et je me laisse fasciner par les flammèches qui rongent lentement une bûche de bois. J'ai un sourire niais sur le visage, celui du petit garçon que j'ai failli être. Mais il est vrai que j'ai failli dans de nombreux domaines ces treize dernières années…

J'ai, plutôt logiquement, renoncé à utiliser mes (ridicules) prénoms de naissance mais, par manque d'imagination, je n'en ai pas trouvé de remplacement. Ainsi, tout le monde m'appelle simplement Tao et je me suis habitué à ce surnom, en oubliant dans la foulée son origine familiale. De toute façon, dans mon nouveau milieu chacun utilise le patronyme qui lui convient et il nous importe peu de savoir s'il est ou non le reflet d'une ancienne réalité.

Un brusque besoin de me soulager me sort de ma torpeur et m'oblige à rejoindre un coin tranquille. Je passe un porche, grimpe quelques marches et voit un beau mur qui ne demande qu'à être souillé. Le temps passe… Un bruit attire mon attention sur ma gauche. Je soupire. Pas moyen d'être tranquille une minute.

- "Zoha !", lançai-je, "Dégage ! Je suis occupé !"

Encore Zoha et ses facéties, voire ses tentatives maladroites d'homosexuel timide refoulé. Je râle en apparence mais je rigole en moi-même. J'ai l'alcool gai, comme on dit. Soulagé, je me retourne et me rends alors compte que je suis sorti sans le vouloir de l'enceinte du monastère. Je découvre alors la bordure de la Vallée de Sunqua et son obscurité oppressante, les bruits qui en montent et rebondissent contre d’invisibles obstacles, et cette noirceur inquiétante qu’on pourrait appeler la nuit sauvage. Et devant moi, à peine à quelques mètres, une sorte de serpent géant me contemple avec un regard assassin. Un Naga… Je recule face à l'apparition effrayante et me retrouve adossé à la muraille de la cité. Je me souviens de la Reine des Démons et les terreurs de mon enfance me reviennent en mémoire. Mes jambes se dérobent sous mon poids et ma respiration se fait haletante. A ce moment-là, quelque chose d'autre s'approche de nous. Paniqué, je ne l'ai pas vu arriver mais j'entends alors ces curieuses paroles :

- "Ne vois-tu pas que tu lui fais peur ?"

Un homme nous a rejoint. Je ne crois pas le connaître. J'ignorais que les humains pouvaient être les amis de ces damnés reptiles. Il vient à mes côtés, s'appuie à son tour sur le mur d'enceinte et me regarde avec un sourire malsain. Sa façon de se vêtir me paraît curieuse, plutôt sinistre. Je ne reconnais pas le bâton qu'il tient en main. Il me semble toutefois discerner dans son attitude un semblant de puissance destructrice indéfinissable :

- "Quel effet cela fait-il d'être le cauchemar de quelqu'un d'autre ? N'est-ce pas jouissif ?"

Je comprends alors que l'homme s'adresse à moi et que c'est le Naga qui, selon lui, est en train de faire dans son panta… dans son armure. Et je me rends compte qu'il dit vrai. Je reprends peu à peu le dessus sur ma peur et la paralysie qui m'étreignait se trouve balayé par une puissante décharge d'adrénaline. Cette secousse est à l'image de la libération de mon âme restée trop longtemps captive de ses démons. Une force incontrôlable me submerge de manière irrésistible et je m'en repais. Je m'empare sans prévenir de l'arme de l'étranger et me précipite sur mon adversaire, dirigeant contre lui toutes mes frustrations si longtemps contenues, toute ma haine d’une certaine Reine.

Le Naga tente de parer mon attaque mais la peur ralentit ses réflexes tandis que la colère me galvanise. Mon arme lui enfonce d'un coup la boîte crânienne dans ce qui lui fait office de cerveau. Ma victime tombe à la renverse dans un râle mais, emporté par la rage qui m'habite, je ne peux cesser de le frapper. Un liquide verdâtre tâche mes mains et mes vêtements mais je ne le remarque pas. Seule importe en cet instant ma vengeance contre la Reine maudite, sa crête en forme de couronne que je crois fendre, ses yeux malfaisants dans lesquels je crois lire ces terreurs qui furent les miennes, son sourire grimaçant que j'efface de son visage.

Enfin, épuisé mentalement et à bout de forces, je manque de m'écrouler sur le cadavre sanguinolent qui s'étend devant moi. Je me traîne vers l'entrée du monastère, à la fois effrayé par mon geste et survolté par cette victoire. L'homme au bâton me suit en silence. Son arme me sert maintenant de soutien. Retournant près du feu protecteur et de mes amis, je prends conscience que, ce soir, à défaut d'avoir gagné la guerre, j'ai emporté une bataille contre Celle qui hante ma vie depuis trop longtemps et, intérieurement, je jubile.

A cet instant, je ne suis pas encore conscient que cette victoire, c’est avant tout contre moi que je l’ai remportée.

.

Dernière modification par Zakharbaal (11-03-2008 10:51:37)


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#4 11-03-2008 10:55:43

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Re: [BG] Tao l'insoumis

Tao, toujours 13 ans.

Depuis que nous nous sommes rencontrés, Dunk et moi sommes devenus pour ainsi dire inséparables. Après qu'il m'ait appris à surmonter mes anciennes peurs, nous avons pu chasser ensemble dans les plaines des alentours. Pour attaquer (et me défendre), j'ai trouvé un simple bâton de ritualiste pour lequel aucune compétence particulière n'est requise. Je commence à me débrouiller suffisamment bien pour que nos captures nous permettent de nous faire un peu d'argent et de manger (et boire) à notre faim (et soif). Or, ce jour, à force d'explorations, nous sommes arrivés sur les flancs du Promontoire de Jaya et sommes tombés par hasard sur une patrouille d'humains à l'apparence belliqueuse.

- "Qui sont-ils ?", demande-je.

- "Des brigands du Crâne Cramoisi".

J'ai, à maintes reprises, entendu parler de ses pilleurs de grand chemin. On les appelle d'ailleurs au monastère les "Crânes moisis", une forme de dénigrement comme une autre. Mais je n'avais jamais croisé leur route… jusqu'à ce jour. Alors que nous sommes tapis dans la neige, le petit groupe passe à côté de nous sans nous remarquer quand mon compagnon se lève.

- "As-tu déjà tué un humain ?"

Il sort alors de sa cachette, l'arme au poing.


Le combat est court, surtout pour moi qui meurs rapidement, comme souvent. Dunk me ramène à la vie après sa victoire et commence à fouiller les cadavres de nos adversaires. Je regarde les corps inertes des hommes et d'une femme gisant dans la neige et je me sens mal à l'aise de les voir dépouiller de leurs biens, comme on dépèce des bêtes. Dunk remarque ma réticence.

- "Tu te souviens du Naga, ta première victime ?"

Je hoche de la tête. Bien sûr que je n'ai pas oublié.

- "Tu ne le sais sans doute pas mais les yeux de Naga sont une denrée très recherchée par certains marchands de bonheur en raison de leur vertu soi-disant aphrodisiaque.

- Et alors ?

- Et bien. Je suis repassé, le lendemain matin après… ton défoulement, voir la dépouille de ta victime et j'ai remarqué que ses yeux lui avaient été arrachés."

Je fais, sans le vouloir, une moue de dégoût. Dunk la voit et cela le fait sourire.

- "En conclusion", finit-il par dire, "quelqu'un a profité, à notre place, d'une denrée d'une valeur non négligeable ! Et donc, tout ce que l'on ne ramassera pas ici profitera d'ici peu à quelqu'un d'autre…"

Je comprends ce qu'il cherche à me dire mais je vois une différence notable entre des Nagas, que je considère toujours comme des animaux, et des humains fussent-ils particulièrement vils.

- "De toute façon, on survit plus facilement ici-bas quand on n'a pas de préjugés de bourgeois !"

Dunk dit cela pour me vexer et il sait qu'il y a réussi. Il continue tout de même sa collecte…mais toujours seul !

Au bout de quelques minutes, il s'écrie :

-"Tao, regarde !"

Il commence à déshabiller un des cadavres du groupe dont le vêtement rouge vermillon, couleur de ralliement du Crâne Cramoisi, semble attirer son attention.

- "C'est un vêtement de ritualiste quasiment neuf et je crois qu'il doit être à peu près à ta taille".

J'entends encore ses éclats de rire.

Dernière modification par Zakharbaal (12-04-2008 21:42:45)


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#5 12-04-2008 21:17:45

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Re: [BG] Tao l'insoumis

Tao, 15 ans

C'est bientôt le début du voyage mais je ne me sens toujours pas prêt à partir. Nous regardons les gens courir dans tous les sens afin de préparer les mets les plus exquis pour la venue de l'Empereur ou d'une quelconque divinité. Personnellement, comme tous les ans, j'attends le feu d'artifice. Aujourd'hui, la cité célèbre de nouveau le Festival du Dragon.

Je suis heureux.

Ces dernières années avec Dunk avaient été une véritable bénédiction. Faisant les quatre cents coups, baroudant à droite et à gauche, prenant régulièrement des cuites mémorables et des fou-rires qui ne l’étaient pas moins, nous rattrapions ensemble la vie qu’on nous avait jusqu’à présent refusée. Plus sérieusement, il avait réussi à me donner goût à la profession de nécromant, laquelle il m’avait enseignée, utilisant souvent pour celà une de ses phrases préférées : "Pour mieux vaincre un ennemi, deviens l'incarnation de son cauchemar !" Plus âgé que moi, Dunk était devenu un peu comme mon second père. Lui-même était un apprenti-moine raté et notre jeu favori était de créer deux mort-vivants et de les faire combattre l’un contre l’autre en les régénérant de temps en temps pour faire durer le plaisir.

Mais, en vous disant cela, je ne peux que me rappeler ce fameux soir, il y a quelques semaines, où je cherchais mon ami et où je le retrouvai sur une des collines surplombant le monastère. Je crois que c’est la première fois où je le vis verser des larmes, même en étant ivre. Emu, presque gêné, et un peu titubant, je m’assis à ses côtés. Il regardait les bâtiments aux fenêtres illuminées, comme je l’avais fait maintes fois auparavant en pensant à ma famille. Je regardai également les petites lumières scintillées dans l’obscurité, comme autant d’étoiles venues se poser sur la terre.

- "Tu vois, là-bas, c’est là qu’ils vivent et ne pensent plus à nous."

Je regardais vaguement dans la même direction que lui. Je m’efforçai de ne pas penser aux miens. Il y avait d’ailleurs longtemps qu’ils avaient cessé de hanter mes souvenirs. Je me tournai vers mon ami qui, lui, n’avait semble-t-il pas encore fait le deuil des siens. Alors, il ajouta, presque malgré lui :

- "Notre père est tout de même un fieffé salaud !"

C'est alors que je compris... Et le choc me prit aux tripes comme l’uppercut d’un Yéti peut vous couper le souffle. Je le regardai et les pièces d’un puzzle imaginaire se mirent peu à peu en place. Pourquoi Dunk s’était rapproché de moi. Pourquoi il m’avait soutenu et m’avait réappris à vivre dans un monde où l’entraide a ses limites et la méfiance est une règle. Pourquoi j’avais l’impression que notre amitié était exceptionnelle. J’avais presque honte d’avoir été aussi aveugle tout ce temps mais comment pouvais-je savoir, puisque cela m’avait été caché, que quelqu’un avait, avant moi, marcher sur les traces de mon père, avait, comme moi, échouer au difficile jeu du "deviens ce que je veux que tu sois !", et avait été irrémédiablement effacé de l’arbre généalogique de la famille par un homme orgueilleux et sans coeur.

Dunk me regarda et me sourit. Nous nous comprenions maintenant mieux que jamais, unis par quelque chose de plus fort que de l’amitié. Je me rapprochai de lui et nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre. Et je remerciai le Dragon Blanc des Cimes Célestes, Lui qui aurait pu me donner le sein, d’avoir permis que je puisse me découvrir, en cette nuit, ce frère aîné dont j'ignorais l'existence.



Le festival du Dragon vient de finir et le feu d'artifice illumine la grande place du monastère. Demain, Dunk et moi quittons le Monastère, sans doute pour toujours, afin de nous rendre sur le continent, dans la mythique cité impériale de Kaineng et, peut-être, y faire fortune. Un serviteur s'arrête et me remet le cadeau de la fête. Il s'agit de l'habituel masque festif distribué à toutes les personnes présentes en ces lieux. Cette année, c'est une sorte de crâne, comme arraché à un monstre antique, avec des défenses immenses qui encadrent, d'une manière plutôt terrifiante, le visage à demi-caché de son porteur. Je l'apprécie aussitôt et le revêt. A travers les yeux de mon visage, j’ai l’impression de voir le monde différemment. En fait, en cet instant, c’est moi qui suis différent. Et me revient en mémoire un des adages de ma "nouvelle" famille : Devenir ce qui est craint.

Passant sous un porche, je manque d’être heurté par une jeune fille qui, sans doute, ne m’a pas vu à cause du masque qu’elle porte. Elle se déporte brutalement pour m’éviter et trébuche. Je reconnais aussitôt cette face osseuse avec la crête arrière qui ressemble à une couronne, au moins aux yeux d’un enfant. Je souris et l’aide à se relever. La jeune femme, dont le rôle vient de prendre fin avec la fête, retire son visage hideux pour me faire découvrir ses doux yeux en forme d’amande, son petit nez retroussé, ses joues teintées de rose et, surtout, de magnifiques cheveux auburn. Je suis sous le charme.

- "Excusez-moi ! Vous m’avez fait peur avec votre accoutrement plutôt... impressionnant", me dit-elle.

- "Si vous voulez, je peux vous révéler l’homme charmant qui se cache derrière ces sinistres apparences", lance le séducteur qui est en moi. Elle sourit.

- "Pourquoi pas ? Après tout, la soirée ne fait-elle pas que commencer ?"

Je vous épargne l’image des deux futurs amants qui s’éloignent sous les lumières colorées du bouquet final du feu d’artifice. Pour ma part, je souhaite surtout garder en mémoire l’ultime réconciliation du petit garçon que je serai toujours avec cette Reine qui l’a si longtemps terrorisée. Mais il se trouve que je ne suis plus un enfant, alors je garderai également de cette nuit une vision plus adulte de l'ultime combat entre les deux protagonistes du spectacle, quand le héros loin d'être parfait s'oppose au méchant moins ténébreux qu'il n'y paraît. Le premier qui évoque le Yin et le Yang, je l'étripe !

-"Duel amoureux duquel je sortirai vainqueur et vaincu à la fois. Souvenir de ces étreintes dans laquelle ma Reine me fera comprendre que c’est par elle que je suis devenu celui que je suis à présent et, qu’en ces instants, je retourne à l’endroit qui m’a enfanté, comme on se rend en pèlerinage en amont du fleuve de son existence pour y déposer une fleur ou, parfois, pour l’en arracher."

Et le rideau tombe…




Post scriptum : Le baiser de la fée.

Alors que nous marchons main dans la main sur la grande place, un papillon de lumière étend ses ailes à portée de ma main. Je cherche à m’en emparer mais il se désintègre entre mes doigts en une multitude de lucioles étincelantes. La jeune femme se tourne vers moi : "Sais-tu ce que l'on gagne quand on attrape un papilune ?" Elle m'embrasse tendrement presque par surprise. Je connais alors le goût et la valeur du baiser d’une fée :

Ultime vérité que ce baiser divin
Aussi inattendu qu'un corps qui se dévoile.
Votre coeur en devient comme un morceau d'étoile
Et embrase votre âme comme un premier matin.

Vous vous sentez des ailes mais votre corps de plomb
Vous retient à la terre comme l'ancre du navire.
Ivresse insurmontable où votre esprit chavire
Au coeur d'une tempête dont le nom est passion.

Et quand, malheureusement, les lèvres se séparent,
Faisant de cet instant un simple souvenir,
Subsiste l'émotion dans nos radieux sourires
Et la douce lumière brillant dans nos regards.

Je contemple l'azur dans les yeux de ma belle,
Guettant l'apparition de l'être illuminé,
Prêt à tendre la main, me saisir de ses ailes,
Et mériter ainsi un autre ardent baiser.

Par ce vaillant insecte, porteur de mon désir,
Donne-moi donc ta bouche et son doux élixir...

Dernière modification par Zakharbaal (07-05-2008 17:56:46)


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#6 12-04-2008 21:22:51

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Re: [BG] Tao l'insoumis

Salut , j'ai tout lu (Si si je te jure XD) Et j'ai trouvé sa pas mal du tout.  Ce qui est bien , c'était ton écriture linéaire  sur l'histoire de Tao (intro , l'enfance de Tao linéaire ,  puis le poéme en conclusion ) . Par contre ce que j'ai pas bien compris , c'est pourquoi avoir mis Tao 10 ans puis après Tao 3ans?


http://img187.imageshack.us/img187/3293/projet2ul5.png
Une tite discussion entre Az' Et moi....
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#7 12-04-2008 21:45:21

Zakharbaal
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Re: [BG] Tao l'insoumis

Bonsoir Saikon,

Merci tout d'abord pour ton avis sur ma nouvelle.

Concernant ta remarque, après une introduction succincte, j'ai voulu présenté le héros au début effectif de son aventure, soit à 10 ans, seul et paumé, et évoquer le traumatisme vécu dans son enfance qui sera un des fils conducteurs du récit (avec celui de la famille).

Le principe du flashback m'est apparu ici le plus approprié.

Que la déesse Mélandru veille sur toi.


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#8 12-04-2008 21:47:14

saikon
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Re: [BG] Tao l'insoumis

Hey,
C'est vrai que le falsh Back fait son effet... Montre son traumatisme.
Merci et que Balthazar veille sur toi.


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#9 13-04-2008 09:44:04

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Re: [BG] Tao l'insoumis

lol Moi aussi j'ai tout lu ! Faut avouer qu'au début j'ai eu la flemme mais j'ai commencé à lire pis comme d'hab je me suis pas arrêté ^^
Je trouve d'abord que c'est un très bon RP avec malgré tout quelques incohérences ...
Bon alors d'abord le je déconne, il colle bien au type du récit un peu comique, mais mets plutôt quelque chose de moins familier ça fait jamais de bien ce genre de mots dans un récit big_smile
Quand Tao a 3 ans, il est sûrement trop petit pour gravir comme tu les dis "à toute vitesse" les escaliers wink après bon il peut être précoce le petit big_smile
Bon pis après bah il y a quelques erreurs d'orthographe mais c'est normal pour un texte de cette longueur wink

==> Très bon Rp GG


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Encore merci, quand t'arrêteras tu XD

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#10 14-04-2008 22:04:14

Zakharbaal
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Re: [BG] Tao l'insoumis

Bonsoir Tueur Astral,

Merci pour ton appréciation et tes remarques.

Concernant ces dernières, je serai tenté de dire ceci :

1- Concernant le "Je déconne", je reconnais qu'il n'est pas RPG. Mais il a le mérite (peut-être le seul) de provoquer la cassure souhaitée avec le ton lyrique qui le précède, pour bien marquer la fin du mensonge/délire du personnage et faire ressortir son côté "mendiant alcoolique" donc vulgaire (selon moi...). Mais j'aurai sans doute pu employer d'autres termes plus adéquates mais un "Je plaisante" n'aurait pas eu, selon moi, le même impact.

2- Pour la montée des marches "à toute vitesse", je reconnais que j'ai sans doute un peu oublié les capacités réelles d'un enfant de cet âge. Bien remarqué de ta part. Maintenant, si l'enfant n'essaie pas de fuir le monstre le plus vite possible (de son point de vue), le côté panique de la scène perd de son rythme. Et si les marches n'étaient pas très hautes ? big_smile

Pour les fautes d'orthographe, Mea culpa... J'ai bien écrit le texte sous Word  pour éliminer le maximum de fautes de frappe (et autres) mais cela n'a pas suffi et comme je ne suis pas un maître en la matière, je n'ai sans doute fait que limiter les dégâts.

Que la Déesse Mélandru veille sur vous.


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#11 15-04-2008 07:58:30

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Re: [BG] Tao l'insoumis

1- Concernant le "Je déconne", je reconnais qu'il n'est pas RPG. Mais il a le mérite (peut-être le seul) de provoquer la cassure souhaitée avec le ton lyrique qui le précède, pour bien marquer la fin du mensonge/délire du personnage et faire ressortir son côté "mendiant alcoolique" donc vulgaire (selon moi...). Mais j'aurai sans doute pu employer d'autres termes plus adéquates mais un "Je plaisante" n'aurait pas eu, selon moi, le même impact.

Je suis bien d'accord avec toi, le je plaisante ne montre pas la cassure exprimée ici par je déconne, et en cherchant bien il n'y a pas beaucoup de mots qu'on peut mettre ici à la place et ceux que j'ai trouvé ne conviennent pas parfaitement : j'affabule (hihi) je blague ...

2- Pour la montée des marches "à toute vitesse", je reconnais que j'ai sans doute un peu oublié les capacités réelles d'un enfant de cet âge. Bien remarqué de ta part. Maintenant, si l'enfant n'essaie pas de fuir le monstre le plus vite possible (de son point de vue), le côté panique de la scène perd de son rythme. Et si les marches n'étaient pas très hautes ?

On peut voir ça comme ça big_smile Ainsi l'enfant, paniqué, perdrait le rythme du récit big_smile
En tout cas encore GG pour ce RP et vivement la suite wink


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Encore merci, quand t'arrêteras tu XD

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